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| L’arrondissement en histoire et en mots
Je déambule souvent dans le centre-ville de Montréal en pensant aux artistes qui s’en sont inspiré et nous l’ont fait découvrir autrement. Par exemple, si on connaît « La Main » au-delà de nos frontières, c’est bien parce que Michel Tremblay et Mordecai Richler y ont situé des récits fascinants. Leurs œuvres traduites en plusieurs langues ont connu une grande reconnaissance un peu partout dans le monde. Tremblay et Richler avaient de quoi s’inspirer, car le théâtre populaire d’ici est pratiquement né au coin des rues Sainte-Catherine et Saint-Laurent et que les plus grandes vedettes d’une certaine époque y prenaient l’affiche régulièrement. Les nuits mythiques de « la Main » ont également inspiré des chansons, des pièces de théâtre, des romans, des téléséries et des films. Pas étonnant que le Quartier des spectacles soit maintenant en train de prendre forme aux alentours. Le Vieux-Montréal a aussi été une grande source d’inspiration. Dans les années 1800, le centre-ville était la place Jacques-Cartier. Rodolphe Girard, un écrivain du début du siècle dernier, a fait parcourir les lieux à son héroïne, Marie Calumet. Dans cette histoire très comique, on voit cette servante naïve d’un curé de village venir à Montréal pour la première fois pour visiter la ville moderne et, surtout, s’y faire photographier. Marie Calumet nous entraîne dans le Vieux-Montréal des années 1860, avec les grossistes de la rue Saint-Paul et le bruyant marché public de la place Jacques-Cartier. Il est amusant de penser que, même si les activités des lieux ont changé depuis, la sympathique Marie reconnaîtrait probablement le décor. La vie quotidienne des ouvriers du centre-ville a également inspiré plusieurs artistes. Les premières chansons de Claude Dubois - J'ai souvenir encore, Comme un million de gens, Ma P'tite vie (Les Sandwiches à Moutarde), esquissent à la fois le portrait sombre et les petits bonheurs de cette vie quotidienne. Avant lui, le poète populaire Jean Narrache, de son vrai nom Émile Coderre, s’est inspiré des quartiers Sainte-Marie et Saint-Jacques pour écrire ses poèmes en langue parlée. Pour la première fois ici, les ouvriers lisent la langue qu’ils parlent et retrouvent leurs quartiers dans une œuvre littéraire. Son très beau Soir d’été, qui évoque les veillées familiales dans les cours arrière, demeure, plus d’un siècle plus tard, un magnifique monument en hommage à ces quartiers ouvriers du centre-ville. Les romanciers, poètes et chanteurs continuent toujours de s’inspirer des quartiers de Ville-Marie dans leurs œuvres. Les personnages des poèmes de Gérald Godin, par exemple, habitent à jamais les rues du centre-ville. Tant de chansons ont été consacrées au cœur de Montréal : du Blues de la métropole de Beau Dommage à la fameuse Bobépine de Plume Latraverse, qui déambule sur la rue Sainte-Catherine, en passant par Montréal est une femme de Jean-Pierre Ferland. Bonne lecture et bonne promenade dans les rues de l’arrondissement de Ville-Marie. À vous maintenant d’y faire des découvertes. |