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| NOTRE HISTOIRE, par Benoit Labonté Les réseaux d’aide et leur histoire dans l’arrondissement L’histoire tend à démontrer que le développement de grands centres urbains s’accompagne souvent d’une croissance parallèle en matière de pauvreté et d’itinérance. À Montréal, l’augmentation du nombre de laissés-pour-compte a cependant entraîné la mise sur pied de stratégies d’intervention concrètes destinées à pallier les effets néfastes de l’urbanisation. À l’occasion de ce nouveau numéro de Mon @rrondissement, je vous invite à partager mes découvertes relatives à l’instauration de ces réseaux d’entraide. En Nouvelle-France, être itinérant, ça voulait d’abord dire être la cible d’une approche répressive héritée du Moyen Âge, laquelle destinait les vagabonds aux dépôts de mendicité, ou pire, à être marqués au fer rouge. On constate toutefois que des institutions conçues en vue de soutenir les gens dans le besoin voient aussi progressivement le jour. Le cas le plus notable pour la période reste sans aucun doute celui de l’Hôpital général de Montréal, inauguré en 1694. Sis dans les parages de l’actuelle place d’Youville, l’établissement a d’abord été l’affaire des frères Charon, qui y recevaient et soignaient les nécessiteux. Cette communauté avait été fondée par François Charon de la Barre (1654-1719), un commerçant aisé de Montréal qui, à la suite d’une grave maladie, avait décidé de consacrer sa vie et ses ressources au service des défavorisés. La disparition du créateur de l’Hôpital général donne cependant le signal d’une détérioration progressive des lieux, ses successeurs étant moins habiles que lui en matière d’administration et de recrutement de personnel. C’est donc un établissement délabré qui est remis à de nouvelles venues, les Sœurs grises de Marguerite d’Youville (1701-1777). Cette veuve d’un militaire compromis dans le commerce de la fourrure avait décidé, après la mort de son conjoint, de dévouer sa vie à des fins charitables. Cette volonté l’amène alors, en compagnie de trois autres femmes, à fonder les Sœurs grises, qui reprendront à leur compte l’œuvre des frères Charon. Ce changement de direction marquera un nouveau départ pour l’Hôpital général de Montréal, qui continuera à remplir sa mission pendant encore plusieurs décennies, et ce même après la chute du régime français. Le 19e siècle, âge par excellence de la Révolution industrielle, voit quant à lui l’apparition d’autres intervenants et d’autres points d’entraide. L’accroissement prématuré de la population des villes et une précarisation des conditions de vie qu’on y retrouve multiplient les problèmes liés à la pauvreté, ce qui force des gens de différents milieux à s’unir pour créer un premier réseau d’aide aux plus démunis. Un peu disparate, mais complémentaire, ce réseau vise à répondre aux besoins les plus pressants de celles et ceux qui sont dans la misère. L’Église demeure la première à véritablement tenter de prendre les choses en mains. Les Sulpiciens, propriétaires de l’île depuis la deuxième moitié du 17e siècle, et Mgr Ignace Bourget (1799-1885), évêque de Montréal de 1840 à 1877, s’affairent, parfois de concert, souvent chacun de leur côté, à organiser le réseau. Plusieurs organismes sont mis à contribution, dont les fameuses Sœurs grises, ainsi que les Sœurs de la Providence, spécialisées dans les visites à domicile. Les Sœurs de la Providence tirent leurs origines des efforts d’Émilie Gamelin, une laïque dont le nom nous est aujourd’hui connu à travers la place qui porte son nom. Femme de notable, elle décida de consacrer les années de son veuvage à aider les vieilles femmes incapables de subvenir à leurs besoins, avant d’élargir la portée de ses interventions. Cet exemple d’altruisme répondait aux appels des milieux religieux qui demandaient aux laïcs de mettre l’épaule à la roue pour contrer l’indigence et secourir les pauvres. D’autres personnes feront de même, notamment plusieurs femmes de la bourgeoisie montréalaise, qui se réunissent dans des associations comme les Dames de la Charité. Ces dernières compteront notamment sur le support de Mme Jacques Viger, épouse du premier maire de Montréal. De son côté, un riche philanthrope tel qu’Olivier Berthelet (1798-1872), enrichi dans l’immobilier et la spéculation foncière, donne temps et argent pour soutenir l’effort d’intervention sociale, qui passe entre autres par des groupes organisés, à l’image de la Société de la Saint-Vincent-de-Paul, établie à Montréal depuis 1848. Ces premiers maillons d’un réseau naissant peinent cependant à répondre à la demande, d’autant que l’État ne fournit que peu de ressources pour les appuyer. Ce manque de support financier contribue donc à l’amplification d’une situation déjà critique. Avec la fin du siècle, de nouveaux refuges, comme celui de l’Union française, le Refuge Ouimet ou la Old Brewery Mission, apparaissent pour délester les institutions déjà existantes, notamment chez les protestants, qui comptent surtout sur la Protestant House of Industry. Le 20e siècle sonne l’éveil à la conscience des pouvoirs publics, qui prennent progressivement conscience du rôle qu’ils qu’ils pourraient jouer dans la lutte à la pauvreté. De ces réflexions naîtra notre concept moderne d’État-Providence, qui se manifestera d’abord durant la Grande Dépression des années ’30, pour ensuite prendre l’allure qu’on lui connaît au moment de la Révolution tranquille. Avec les coupures budgétaires des dernières décennies, les décideurs se doivent cependant d’envisager de nouvelles avenues pour maintenir, voire même améliorer, le soutien aux gens dans le besoin. Le Forum économique et social se situe dans cette mouvance, en proposant une approche renouvelée de l’association entre secteurs public et privé dans le but de résoudre positivement les enjeux que soulèvent la pauvreté et son versant le plus visible, la mendicité. Cet aperçu progressif de l’implantation de structures visant à venir en aide aux laissés-pour-compte de notre grande Ville permet, je l’espère, de mesurer tout le chemin parcouru depuis plus de 350 ans. Il suggère aussi la nécessité d’œuvrer pour que les choses soient toutes autres, de sorte que l’histoire change, enfin. À nous de lui donner un visage d’avenir qui soit celui du rapprochement communautaire et du mieux-être. Références : Centre d'histoire de Montréal Lapointe-Roy, Huguette. Charité bien ordonnée. Le premier réseau de lutte contre la pauvreté à Montréal au 19e siècle. Montréal : Boréal, 1987, 330 pages.
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