INFO VILLE-MARIE
 
NOTRE HISTOIRE, par Benoit Labonté
Quand l’oeuvre devient publique : l’art urbain au centre-ville au fil du temps

À Montréal plus particulièrement, j’ai été assez surpris de constater qu’il a fallu attendre jusqu’à la deuxième moitié du 18e siècle avant de voir apparaître une première œuvre d’art sur la voie publique. Il s’agissait en fait d’un buste de Georges III, roi d’Angleterre, exposé sur la Place d’Armes aux regards de tout un chacun. Malheureusement, il faudra attendre une quarantaine d’années avant d’assister à une autre initiative du genre, avec l’inauguration, en 1809, de la colonne Nelson. Cette œuvre de l’architecte Robert Mitchell domine d’ailleurs toujours la place Jacques-Cartier.

Cependant, c’est véritablement avec l’apparition des parcs urbains que l’art public commence à prendre de l’importance. Ainsi, à partir de la deuxième moitié du 19e siècle, on assiste à l’aménagement de lieux de promenades et de détente où l’on s’efforce d’intégrer fontaines et statues pour plaire à l’œil du passant. Les squares Victoria et Viger sont à l’époque des exemples probants de cette nouvelle tendance en matière d’aménagement urbain. C’est également durant cette période que deux des sculpteurs les plus renommés de l’histoire du Québec, Louis-Philippe Hébert (1850-1917) et Alfred Laliberté (1878-1953), étalent leurs talents aux yeux de leurs concitoyens. On retrouve d’ailleurs certaines de leurs œuvres respectives dans l’arrondissement, dont le Monument aux patriotes (1926) de Laliberté, qu’on retrouve au Pied-du-Courant, ainsi que les statues d’hommes illustres d’Hébert représentant Édouard VII (1914), John Young (1911) et, bien entendu, Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve (1895), dont l’image orne l’actuelle Place-d’Armes.

Ainsi donc, même si l’art public tarde à se manifester dans le cadre urbain montréalais, il finit néanmoins par prendre la place qui lui revient, surtout à partir du moment où surgissent des espaces susceptibles de l’accueillir. Un autre élément qui joue aussi un rôle d’importance dans l’accroissement de la présence artistique sur la voie publique demeure l’adoption de stratégies de financement qui, à l’instar de la Politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement du Ministère de la Culture et des Communications - le fameux « 1% » -, ou du Plan d’action en art public de la Ville de Montréal, aident à augmenter la présence et la visibilité de l’art sur la voie publique. J’ajouterais que Vill’Art-Marie, un programme mis sur pied par l’arrondissement à l’été 2006, vise aussi le même objectif, ce qui a permis d’embellir tour à tour l’entrée du Palais des Congrès, la place Émilie-Gamelin et le parc de l’Espoir.

Grâce à tous ces efforts déployés depuis un peu plus de deux siècles, Montréal compte aujourd’hui environ 300 œuvres visibles de la rue. De cette somme, 70, soit près du quart, sont groupés dans le seul arrondissement de Ville-Marie. Le parc Jean-Drapeau présente certaines des pièces les plus importantes de cette collection, dont Migration et Girafes du Québécois Robert Roussil, Totem Kwakiutl de l’artiste autochtone Henry Hunt, et l’impressionnant stabile de l’Américain Alexander Calder, intitulé Man, Three Disks. Placé sous le signe de la diversité, ancré tant dans l’histoire que dans la contemporanéité, l’art public est donc, plus que jamais, au cœur de Ville-Marie !