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| NOTRE HISTOIRE VIVRE EN FAMILLE ET EN VILLE EN NOUVELLE-FRANCE, par Benoit Labonté À travers les âges, on a toujours relevé des différences plus ou moins importantes entre les modes de vie urbain et rural. L’écart entre ces deux réalités s’est fait sentir de manière plus ou moins prononcée en fonction des époques. En Nouvelle-France, le contraste était surtout marqué par la grande concentration des gens dans les campagnes. Entre les 17e et 18e siècles, il n’y avait que 5% à 10% de la population qui vivait en ville. Les citadins se répartissaient entre trois centres : Québec, Trois-Rivières et Montréal. La future métropole ne comptait d’ailleurs, en 1685, que 600 habitants au total. Ceux et celles qui avaient élu domicile dans une ville étaient des nouveaux arrivants. Immigrants de première ou de deuxième génération, ils commençaient à peine à prendre racines au pays. Généralement, c’étaient des gens de conditions modestes, des artisans, des commerçants. La vie familiale se déroulait entre les quatre murs d’une maison aux dimensions réduites, d’une pièce ou deux, et c’est là que se situait le théâtre de toutes les phases de l’existence. La famille proprement dite, quoique plus nombreuse, ressemblait étrangement à celle qu’on retrouve aujourd’hui, puisqu’elle était composée du père, de la mère et des enfants. Un membre de la parenté s’ajoutait occasionnellement, mais la norme restait celle de la famille nucléaire. Au 17e siècle, celle-ci pouvait compter environ sept enfants, tandis que ce nombre diminua légèrement quelques décennies plus tard, pour se situer entre quatre et cinq. Par comparaison, on ne dénombre qu’un peu plus d’un enfant par famille aujourd’hui à Montréal. Accoucher en Nouvelle-France n’était pas toujours chose facile, mais c’était déjà mieux pour les citadines, dans la mesure où les accoucheuses des villes étaient souvent plus compétentes que leurs consœurs des campagnes. Les accoucheuses en milieu urbain étaient même parfois prises en charge par une sage-femme expérimentée et renommée à l’emploi des autorités coloniales. Rien n’empêche : mettre au monde présentait des risques certains, puisque 1% à 2% des nouvelles mères rendaient l’âme dans les deux mois suivant la naissance. Quant aux enfants, ils n’étaient guère plus épargnés, si l’on considère que les deux cinquièmes d’entre eux ne dépassaient pas l’âge de 15 ans. Pour ceux qui avaient la chance de survivre, la vie n’était pas vraiment comparable à ce qu’elle est aujourd’hui. En ce temps-là, dans les expressions comme dans les idées, l’enfance n’était pas considérée pour elle-même, mais plutôt comme une étape obligée vers un développement utilitaire de l’individu. D’ailleurs, ce n’est que vers le milieu du 19e siècle que le mot bébé, dérivé de l’anglais, commencera à faire l’objet d’un usage courant. Jusque-là, et tout particulièrement à l’époque de la Nouvelle-France, on considérait davantage l’enfant pour ce qu’il allait devenir que pour ce qu’il était. Sa force de travail était requise dès que possible, souvent même de manière prématurée. Selon un partage des tâches définies d’après le sexe, chaque enfant participait ainsi, dès l’âge de cinq ou six ans, à l’entretien de la maison. Le fardeau était certes plus lourd à la campagne qu’à la ville, mais cela n’épargnait pas pour autant les jeunes en milieu urbain. Ces derniers, lorsqu’ils avançaient en âge, finissaient souvent par marcher dans les pas de leurs parents, servir dans des maisons bourgeoises, ouvrir un commerce ou être placés en apprentissage afin d’acquérir les rudiments d’un métier spécialisé. Parmi les aspects particuliers de la vie familiale à l’époque, il faut noter que le taux de mortalité assez élevé faisait souvent en sorte que les enfants perdaient au moins un de leurs parents avant d’arriver à l’âge adulte. Les remariages étaient fréquents, et l’on pense que près du tiers des mineurs passaient un jour ou l’autre sous la tutelle d’un beau-parent. Le concept de familles recomposées était donc déjà une réalité à l’époque, si l’on peut dire… Dans tous les cas, les spécialistes s’accordent pour dire que, si la situation des familles n’était pas toujours rose à Montréal au temps de la Nouvelle-France, leurs conditions restaient cependant supérieures à ce qu’elles étaient dans les vieux pays. En matière d’alimentation, si on ne mangeait peut-être pas toujours ce qu’il fallait, d’où certaines carences alimentaires, du moins, on manquait assez rarement de nourriture. Voilà donc un portrait sommaire de la vie familiale telle qu’elle se dessinait dans les limites de l’arrondissement aux alentours des 17e et 18e siècles. Sources :
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