INFO VILLE-MARIE
 
NOTRE HISTOIRE
LE MONTRÉAL ANIMÉ: L'ESPACE PULIC ET SON ANIMATION AU COEUR DE MONTRÉAL, par Benoit Labonté


Le temps commence à prendre ses airs de saison et l’été s’amène sur Montréal, tranquillement, mais sûrement. Déjà, on commence à remettre le nez dehors pour profiter des premières chaleurs, promesses des plaisirs et des mois à venir. Avec elles viendra aussi la saison des festivals et ce sera de nouveau l’occasion pour les Montréalais et les visiteurs venus de partout ailleurs de se réunir pendant de longues soirées aux sons de rythmes et d’accents entraînants et variés.

Bref, Montréal, ville de festivals est sur le point de retrouver ses marques. Par contre, cette ambiance festive et cette tendance à occuper l’espace public sur une base aussi régulière ont-elles toujours été de mise ? À cette question, l’histoire nous montre que les choses ont grandement évolué avec les années, voire les siècles. En fait, si notre métropole se caractérise aujourd’hui par ses nombreux rassemblements populaires et festifs, il n’en a pas toujours été ainsi, du moins sous la forme que l’on connaît maintenant.

Beaucoup de chemin a été parcouru depuis l’époque où, hors de la sphère privée, l’essentiel des regroupements se faisaient au marché ou sur le perron de l’église. D’une certaine manière, avant qu’il y ait occupation du domaine public, encore a-t-il fallu qu’on en vienne à définir et aménager des espaces dignes de cette appellation. Il fallut donc attendre la fin de la première moitié du 19e siècle pour assister à l’apparition de squares, comme Viger, Dalhousie et Phillips. On peut dire que ce type d’effort en matière de planification urbaine arrivait au bon moment, puisque se produisait en même temps un autre phénomène encore plus significatif, soit le développement des loisirs de masse, rendu possible par une industrialisation en plein essor.

La deuxième moitié du 19e siècle voit en effet l’apparition de nombreux phénomènes jusqu’alors peu répandus, ou alors inexistants. Les rues et les places publiques de Montréal accueillent ainsi ces nouveautés que sont les cirques américains, qui débarquent en ville en grande pompe, paradant sur la voie publique pour se rendre aux lieux où ils se produisent ensuite. L’époque est aussi propice à l’organisation d’expositions agricoles et industrielles, ces dernières étant souvent situées au Palais de Cristal, construit sur un modèle londonien et érigé à l’angle des rues Sainte-Catherine et Université. Ajoutons également que les parcs, quant à eux, s’animent au son des concerts et des divertissements qui s’y déroulent. Un bon exemple en est le parc Sohmer, inauguré en 1889, qui accueille un dénommé Ernest Lavigne, qui s’emploie, avec son orchestre, à initier les Montréalais à la musique symphonique et à l’opéra.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il serait faux de prétendre que tout ce bourdonnement et ces rassemblements cessent avec le retour de l’hiver. L’accroissement de l’offre en matière de loisirs de masse conduit à la mise sur pied de multiples clubs sportifs, qui permettent à leurs adhérents de pratiquer bon nombre d’activités physiques dans un cadre organisé. Le patinage, le curling, le toboggan, le hockey et surtout la raquette gagnent alors en popularité. La saison froide est aussi l’occasion, pour une période allant de 1883 à 1889, d’assister au carnaval d’hiver, qui disparaît ensuite en raison de la concurrence et de problèmes financiers.

On constate donc que, pour les Montréalais d’il y a deux siècles, la ville et ses espaces deviennent progressivement des lieux où il fait bon se réunir pour se divertir, passer du bon temps, assister à un spectacle ou prendre part à une activité, sportive ou autre. Avec le 20e siècle, l’accent sera mis essentiellement sur le développement des infrastructures destinées à la pratique du sport, au détriment, peut-être, de l’aspect culturel et festif des espaces publics d’antan. Avec les années ’70, ’80 et ’90, on assiste toutefois à un retour en force des rassemblements de masse, avec l’apparition des grands festivals qui font désormais la fierté de notre métropole. On n’a qu’à penser aux FrancoFolies , au Festival Juste pour Rire , ou au Festival de Jazz , qui fête cette année son 30e anniversaire. Au fil des ans, d’autres événements, petits ou grands, ont crû à l’ombre de ces incontournables, pour faire de nos étés des occasions constantes d’échanges et d’enrichissement. Aujourd’hui, personne ne remet en cause l’importance de ces manifestations d’envergure, comme en fera foi sous peu la toute nouvelle Place des festivals, figure de proue de ce Quartier des spectacles que nous apprendrons bientôt à redécouvrir.

Sources :
Centre d’histoire de Montréal